Ascension du Mont Blanc

Jérémy Fontaine est business manager chez AViSTO, à Sophia Antipolis. Passionné d’alpinisme, il vient de gravir le Mont Blanc et nous raconte !

Q : Déjà, tu es un grand voyageur…

Je ne sais pas si je suis un grand voyageur... j’aimerais l’être beaucoup plus, mais c’est vrai que j’ai la chance d’avoir beaucoup voyagé ces dernières années. Au-delà d’un goût pour le voyage, j’ai une vraie attirance pour la découverte, l’aventure, le besoin de sortir de ma zone de confort et de me plonger vers l’inconnu.

Q : Qu’est-ce qui t’a pris de gravir le Mont Blanc ?

Ta question me fait sourire. On a l’impression que j’ai fait un truc complètement fou. J’admire des personnes comme Mike Horn ou Kilian Jornet, à qui on pourrait demander « Qu’est-ce qui t’a pris d’aller au Pôle Nord pendant la nuit polaire ? » ou « Qu’est ce qui t’a pris de gravir 2 fois l’Everest en 4 jours ? ». Je n’en suis pas là, j’aime simplement les nouveaux challenges. Il m’a pris de gravir le Mont Blanc, comme 25 000 personnes tous les ans.

Q : Certes, mais ça reste quand même peu commun...

Pour expliquer pourquoi j’ai décidé de m’attaquer au toit de l’Europe (de l’ouest), il faut comprendre mon goût pour la montagne. J’ai réalisé un Tour du Monde en 2013/2014, avant d’être recruté par AViSTO. Pendant ce voyage, j’ai pris conscience à quel point la nature est belle. Et quel est le meilleur moyen pour découvrir ces magnifiques espaces sauvages ?... Nos pieds ! Et j’ai une devise : « C’est toujours plus beau d’en haut ». Et si c’est plus beau d’en haut, il faut y aller. Il n’y a plus qu’à… J’aime aller jouer avec mes limites et me dépouiller physiquement. La montagne est plutôt pas mal pour ça.

Q : Ca ne t'est quand même pas venu comme ça ?

Non. Une découverte de la marche et de l’escalade sur glace en Nouvelle-Zélande, plusieurs volcans gravis en Indonésie, des treks de plusieurs jours dans la Cordillère des Andes et un point d’orgue avec l’ascension du Huayna Potosi en Bolivie, à plus de 6000m. De retour en France, le Mont Blanc ne paraît être qu’une formalité. Une première tentative a été avortée l’année dernière à cause de la météo. Nous avions été rebasculés sur le Grand Paradis en Italie, ce qui me permettait tout de même de dépasser pour la première fois les 4000m en Europe. Et cette année, ça m’a donc « repris », avec 3 copains d’école (l'Ecole Internationale des Sciences du Traitement de l'Information), de nous attaquer aux 4810m du plus haut sommet des Alpes.

Q : Tu es passionné d’Alpinisme ?

Je ne pense pas être passionné d’alpinisme. Je le vois plus comme un sport sympa, comme beaucoup d’autres. Mais il est nécessaire pour gravir les sommets. Je pense être plus passionné de sommets que d’alpinisme, où je suis très débutant. Je n’ai aucune technique d’escalade par exemple. Le Mont Blanc, tout comme le Grand Paradis ou le Huayna Potosi, ne sont pas des courses techniques du tout. Savoir marcher encordé et avec des crampons suffit. Enfin ça suffit… il faut quand même garder en tête que les cuisses vont chauffer, que l’acide lactique va piquer, que l’altitude (et le manque d’oxygène) peut gêner, mais qu’avec de la volonté et du mental, c’est faisable !

Comme j’aime la montagne, j’aime l’alpinisme. On y trouve un aspect plus aventureux, plus extrême que sur une simple randonnée.

Un point important aussi avec la montagne, c’est l’humilité qu’elle nous apporte. Elle nous remet à notre place. Nous ne sommes que des petits êtres vivants, qui ne feront jamais la loi face aux éléments. Si la météo n’est pas bonne, c’est elle qui aura le dernier mot. Si tu ne respectes pas la montagne en faisant preuve d’inconscience, c’est elle qui t’emportera. Si tu t’es surestimé, au mieux tu abandonneras, au pire tu auras un accident. Je pourrais philosopher pendant des heures là-dessus, mais l’illustration que je viens de faire avec la montagne est valable pour notre belle planète Terre. Planète que nous ne soignons pas assez à mon goût. Et c’est un euphémisme…

En conclusion, cette ascension, c’est un bon moyen de se ressourcer. Et d’en ch### entre potes ! :-)

Q : Peux-tu nous raconter ton ascension ?

Je dirais que l’ascension a commencé autour d’une soirée bien arrosée… « Allez on fait le Mont Blanc ». Je ne dirais pas que j’étais parti faire mon Tour du Monde comme ça, mais presque… Je marche à l’instinct. Maintenant que la connerie était lancée, il fallait assumer. Et pour assumer, il fallait arriver en haut. L’abandon n’est pas envisageable. La seule raison tolérée d’un échec serait un facteur extérieur, comme la météo.

Nous avons fait un premier week-end de préparation en altitude fin avril (ascension prévue pour mi-juin). Nous avons traversé la Vallée Blanche à pied, depuis l’Italie jusqu’à l’Aiguille du Midi. Cela a permis de faire découvrir la marche encordée à ceux qui ne connaissaient pas. On a aussi bien pris conscience qu’il nous fallait un minimum d’acclimatation avant de viser les 4000m et plus.

Au niveau préparation, je ne suis pas un modèle du genre. Si j’ai couru 4 fois en 2 mois, c’est un maximum… Je me suis par contre fait un très gros week-end de randonnée fin mai pour avaler du D+ et faire chauffer les mollets et les cuisses ! On a la chance, à Sophia-Antipolis, d’habiter dans une région plutôt accidentée entre l’Esterel et les Alpes. Et juste avant le départ, 2 jours d’échauffement et d’acclimatation autour de Chamonix suffiront à ne pas souffrir plus que ça de l’altitude pour atteindre notre objectif.

Nous attaquons le 1er jour à 1800m d’altitude, avec pour objectif le Refuge de Tête Rousse à 3200m, d’où nous partirons le lendemain pour atteindre le sommet. Montée conséquente où nous souffrons surtout de la chaleur (oui… même à cette altitude-là !). Nous croisons quelques bouquetins et marmottes et nous arrivons au pied d’un « mur » qui nous permettra d’atteindre le lendemain le refuge du Gouter, passage obligatoire vers le Mont Blanc. Nous voilà au Refuge de Tête Rousse où nous passons une courte nuit (réveil à 1h15 du matin). Le départ a lieu une heure plus tard pour s’attaquer à la frontale à l’ascension vers le refuge du Gouter, via le fameux (dangereux) couloir du Gouter, redouté par tous les guides de la vallée. 2h plus tard, nous voilà au Refuge du Gouter. Les premières lueurs du jour apparaissent, laissant se dessiner à l’horizon l’enchainement des Aiguilles de Chamonix. Magnifique ! Après une courte pause au refuge, nous nous lançons dans l’ascension du Dôme du Gouter (4304m), où l’altitude et le dénivelé qui s’accumule commencent à se faire ressentir. Depuis le sommet du Dôme, nous redescendons légèrement vers le refuge Vallot, d’où nous attaquons l’Arrête des Bosses. Chaque « bosse » en cache une autre, c’est super raide, les jambes commencent à vraiment être lourdes. On passe en mode « automatique ». Un pas, puis un autre. La lucidité nous manque pour admirer le paysage grandiose qui nous entoure. Si tu t’arrêtes une seconde, c’est toute la cordée qui s’arrête et qui casse son rythme. En haute montagne, il faut avancer doucement, mais régulièrement. Le mental a pris le relais. Si les jambes fatiguent, lui n’a pas le droit de vaciller. Tu fais partie d’une équipe, si tu lâches, c’est toute la cordée qui doit faire demi-tour. C’est inenvisageable. L’abandon n’est pas une option, ce serait un échec total !

Le guide nous indique que le sommet est « juste » là. On y arrive, plus qu’une pente douce… Les poils s’hérissent, les larmes montent. Un pas, un autre, encore un… Le mental, l’adrénaline, se dépasser… Elle est là la beauté du sport ! On y est ! ON L’A FAIT !

On se prend dans les bras avec JB avec qui je partage la cordée. On ne se parlait pas pendant l’ascension mais on sait qu’on a souffert, on sait qu’on a puisé à l’intérieur de nous-mêmes. On sait surtout qu’on a réussi et qu’on est arrivé en haut ! Et dans un temps clairement honorable de moins de 7h.

7h de marche, en altitude, 1600m de dénivelé positif… Et à peine le temps de souffler qu’il faut déjà repartir. 1ère raison, il ne fait pas bien chaud en haut. Mais surtout, plus on avance dans la journée, plus il fait chaud et plus le couloir du Goûter est dangereux. Au vue de la fatigue accumulée, il ne faut pas courir, il faut rester concentrés et vigilants, mais ne pas traîner.

En redescendant, je prends conscience que l’Arrête des Bosses est vraiment une arrête avec la dégringolade de chaque côté en cas de faux-pas… Et chose inattendue, ça remonte ! A l’aller, les petites descentes sont des moments qui passent quasiment inaperçus, nous permettant de forcer un peu moins. Au retour, c’est un effort supplémentaire dont on se passerait bien. La fatigue liée à l’effort prolongé se fait vraiment sentir dans la descente du Dôme du Goûter. Vivement qu’on arrive ! La partie la plus technique, et donc la plus dangereuse, arrive avec la redescente de l’Aiguille du Goûter vers le Refuge de Tête Rousse. Nous manquons de lucidité en raison de notre état de fatigue, le sol est très instable, la pente ultra-raide… C’est là que l’accident peut arriver. Les alpinistes ont l’habitude de dire qu' « une ascension n’est réussie que lorsqu’on est redescendu vivant ». Après un ultime passage « tendu » dans le couloir du Goûter, que nous atteignons vers 14h et dont la chaleur fait se décrocher les pierres, nous finissons par arriver à Tête Rousse. Nous retrouvons l’autre cordée arrivée un peu plus tôt.

On aura bien mérité notre bière du Mont Blanc ! 12h de marche (7h de montée, 5h de descente), il est temps de se reposer. Les jambes sont lourdes, mais les sourires sont sur tous les visages, les esprits libres, le but est atteint ! La redescente jusqu’à la télécabine se fera le lendemain dans une facilité déconcertante, comparé aux efforts de la veille.

Le tracé en image :

Q : Envie de recommencer ou de t’attaquer à un autre sommet ?

Bien sûr ! J’ai toujours envie de découvertes et de nouveaux challenges. Mais quoi ? Le Kilimandjaro est dans ma To Do List, le Cervin est un sommet mythique des Alpes mais beaucoup plus technique (je n’ai aujourd’hui pas le niveau), le tour des Annapurna au Népal… Moins exotique, je peux déjà aller m’attaquer aux 3000m du Mercantour, ça demandera moins de logistique. Et pas forcément besoin d’aller en haute montagne pour s’émerveiller. Le Grand Nord ou la jungle tropicale regorgent de merveilles toutes aussi intéressantes. Il faut savoir varier les plaisirs.